Du papier mâché à la réalité virtuelle
Des modèles didactiques d’anatomie à découvrir avec l’Université de Lille

• Hélène Vanderstichel et Raquel Becerril-Ortega • mise à jour : 07/10/2021

Des modèles didactiques d’anatomie du 19e siècle aux applications actuelles de la réalité virtuelle, la Fabrique des formations a été à la découverte de ces supports pédagogiques et de leurs usages pour l’enseignement et la formation. Leur enjeu : soutenir la construction d’une représentation dite fonctionnelle.

Au programme : l’exposition Les incroyables modèles du Dr Auzoux jusqu’au 12 décembre 2021 à la ferme d’en Haut (Villeneuve d’Ascq), et l’application Sharecare VR à découvrir au LEXIM (Lille).

Les incroyables modèles du Dr Auzoux

« On raconte que le jeune Louis Auzoux, étudiant en médecine, supportait mal les dissections et que cela le conduisit à inventer au début des années 1820 des modèles d’anatomie clastique », c’est-à-dire démontables. Ainsi débute l’exposition Les incroyables modèles du Dr Auzoux. Réalisée en partenariat avec l’Université de Lille et l’Université Complutense de Madrid, l’exposition permet de découvrir l’histoire de ces supports pédagogiques, dont certains sont toujours utilisés en classes - au lycée, en médecine, en pharma.

Parmi les modèles présentés, nous avons pu observer des écorchés, c’est-à-dire ceux « dont on a retiré la peau ». Il s’agit de sculptures représentant un corps, ou une partie de corps (un membre, un organe), et permettant de faire apparaître ce qui est habituellement invisible comme les os, les muscles, les veines ou les articulations. Quels sont les objectifs de ces modèles ? Il s’agit tout d’abord de limiter le recours aux dissections dans les enseignements, mais également de disposer de supports qui permettent aux apprenants de mieux comprendre le fonctionnement du corps humain ou animal.

Pour concevoir ses modèles, le Dr Auzoux s’est inspiré de situations fréquemment rencontrées par les professionnels : par des médecins pour les modèles humains, ou par des fermiers ou des militaires pour les modèles équins par exemple. Les situations rencontrées peuvent être celles de maladies (voir notamment le Tableau dents du cheval), pour permettre aux apprenants de poser un diagnostic, d’élaborer un modèle opératif afin d'agir dans une future situation réelle. Les sculptures peuvent être à l’échelle, par exemple pour mieux appréhender, sous différentes perspectives, les proportions et l’emplacement d’un organe sur un être humain de taille moyenne. Elles peuvent être aussi de tailles différentes, par exemple agrandies pour mieux comprendre le fonctionnement d’un petit organe.

L’enjeu de ces modèles à visée didactique est donc de soutenir la construction d’une représentation dite fonctionnelle. Celle-ci, loin d’être « contemplative », désigne les éléments que l’on retient d’une situation pour assurer la planification et le guidage de l’action (Leplat, 1985 ; Becerril-Ortega, 2021).

Une tradition revisitée avec la réalité virtuelle

Les modèles de l'exposition sont réalisés dans des matériaux fragiles : en cire, plâtre, papier mâché, etc. Objets désormais patrimoniaux, ils sont en cours de numérisation pour leur préservation et ne peuvent être manipulés sans risque.

Fabriqués en série, des modèles d’anatomie clastique ont ensuite été conçus dans des matériaux plus résistants (en bois, en plastique), ce qui leur a permis de descendre de l’estrade du professeur pour pouvoir être plus facilement manipulés par les apprenants, passant d’une approche transmissive à une approche constructiviste des apprentissages. Ils ont enfin donné naissance aux mannequins qui ont contribué au développement de la simulation en santé (voir à sujet le podcast La simulation en formation : Entretien avec Raquel Becerril - Ortega).

Les technologies numériques apportent aujourd’hui de nouvelles dimensions aux modèles d’anatomie et viennent enrichir cette tradition séculaire. La Faculté d'Ingénierie et Management de la Santé de l’Université de Lille par exemple explore l’utilisation de l’application Sharecare VR avec le Laboratoire d'Expériences Immersives (LExIm). Lors de ce voyage au cœur des organes, munis d’un casque de réalité virtuelle, nous avons pu observer le fonctionnement du cœur humain, le manipuler (par zooms, rotations, etc.) et même suivre la circulation du sang dans l’une de ses artères. Nous avons également pu voir les effets de certains troubles cardiaques et les moduler en temps réel.

Les casques de réalité virtuelle permettent aujourd’hui d’observer le fonctionnement des organes et de vivre pour ainsi dire un « Il était une fois... la vie » augmenté : en vision subjective, avec la possibilité de manipuler les organes et de voir les effets de ces manipulations en temps réel. Ils permettent aussi de simuler des interventions chirurgicales, ou encore disséquer des corps en divers états de décomposition. Alors... même pas peur ?

Références :

  • Leplat, J. (1985). Les représentations fonctionnelles dans le travail. Psychologie française, 30(3/4), p. 269-275.
  • Becerril-Ortega, R. (2021). Vers une perspective anthropologique en formation des adultes. Autour de la transposition didactique. Education Permanente, 228.
  • Vanderstichel, H. (propos recueillis par) (2021,07). La simulation en formation : Entretien avec Raquel Becerril-Ortega [Podcast]. Fabrique des formations, Université de Lille.

Infos pratiques :

  • Les incroyables modèles du Dr Auzoux : Voir le programme de l'exposition et des conférences, jusqu’au 12 décembre 2021. L’exposition est réservée aux membres de l'université les mardis après-midi et les jeudis matin (sur réservation) et ouverte à tous les week-ends (de 15h à 19h). Informations et réservations : 03 20 61 01 46.
  • Le Laboratoire d'Expériences Immersives (LExIm) ouvre ses portes à tous sur rendez-vous. Pour en savoir plus : https://ilis.univ-lille.fr/faculte-ilis/lexim/